La semaine dernière, j'ai découvert le système hospitalier khmer à la suite de l'hospitalisation d'une de mes filleule.
22h passé, lavée, pyjamaté, en train de lire un livre au foyer quand Pikdey, étudiante en 2ème année au CIST (center for information training) m'appelle toute paniquée. Sokhonn (la filleule en question), n'arrive plus à respirer, faut que je vienne vite!
J'essaye de la calmer, lui dit de contacter un tuk-tuk (tricycle à moteur) et d'aller à l'hopital, attendre ma venue à leur maison qui est loin, ne fera que retarder les choses.
Pikdey me dit: "D'accord. Mais après est-ce que tu peux venir passer la nuit avec elle ?" -Heu...c'est à dire?? Je ne vois pas trop où tu veux en venir? "Sinon elle va rester toute seule!" Bah oui mais je ne peux pas, tu sais j'ai 18 étudiantes au foyer...Demain je passe la voir à la première heure,et puis j'essayerai de repasser dans la journée!?
Pikdey,dont le globe oculaire manqua de sortir à l'annonce de cette phrase me fit saisir à ce moment tout un pan de la culture khmère qui m'était jusque là inconnu : ici on ne laisse pas un malade tout seul.
En fait au Cambodge, c'est l' entourage,la famille, les amis qui s'occupent du souffrant.
Ce sont eux qui vont le nourrir, l'aider pour les déplacements éventuels, veiller sans interruption à ce que l'état de santé n'empire pas, trouver une infirmière pour changer la perfusion, et lui tenir compagnie,on ne laisse pas quelqu'un tout seul ,c'est inconcevable!
Trouver un médecin ou une infirmière est faisable si on aime bien arpenter tout le batiment, mais si non, un patient pourrait rester 24 heures sans que personne ne sache ce qu'il devient.
L'aide aux premiers soins n'est pas le rôle de l'hopital, peut être par manque d'effectifs, ou parce que culturellement il va de soi que ce soit la cellule familiale qui s'occupe du malade. D'ailleurs celle-ci ne fait guère confiance au corps médical (cause? conséquence?)
Mais le manque d'investissement du gouvernement dans des secteurs comme l'éducation et la santé au profit de l'immobilier et de la télécommunication est ce qui s'appelle "une boulette" à mes yeux.
Ce qui est assez marrant, c'est que les chambres d'hopitaux prennent un air de camping !!
Toute la famille du patient de la grand-mère au beau-frère, sort son attiraille, nattes, oreiller, nourriture, bouilloire, ventilateur et prend possession des lieux,en dormant sur le sol à côté du lit du malade.
Et on attend...on attend, il n'y a rien à faire .On ne parle pas vraiment, mais on reste là, parce qu'il nous viendrait pas à l'esprit de laisser le malade tout seul.
La communication n'est pas nécessaire quand notre simple présence physique suffit à montrer notre attachement.
Pour revenir à Sokhonn, la situation est un peu plus délicate puisqu'elle n'a plus vraiment de famille. Orpheline de père et de mère, et n'ayant gardé des liens fraternels qu'avec l'un de ses 3 frères qui vit à Siem Reap, l'option camping semble compromise...
Sokhonn est une jeune fille de 20 ans qui suit une formation professionnelle en cuisine.
Arrivée à Phnom Penh en Octobre, elle fut rattachée à mes programmes enfant, bien qu'elle soit étudiante. Elle vit ici avec 20 autres étudiantes du CIST dans un compartiment chinois et n'a comme seul lien ses colocatrices et moi (1 fois par mois) lors de la remise de son parrainage.
Les filles étudient beaucoup, et elles ne pouvaient pas rester la journée à l'hopital. Certaines ont passé la nuit auprès de Sokhonn. Elles revenaient tous les soirs après les cours.
Pour ma part, et bien je suis restée 3 bonnes journées complètes, sollicitant également mon staff khmer des bureaux pour venir la voir et m'aider.
J'ai réalisé que j'étais la personne la moins bien placée, la "barang" (étrangère) de passage, la moins efficace en tout cas pour chercher et interpeller les médecins, savoir la posologie des médicaments donné, quoi faire...Heureusement le patient d'à côté, un vieux monsieur, était entouré de toute sa famille et une de femmes m'a aidé à m'occuper de Sokhonn.
Une gentillesse et une simplicité courantes au Cambodge.
Pour la santé de Sokhonn, rien de très grave, une bonne crise d'anxiété, quelques perfusions pour reprendre des forces, et du repos. Une jeune fille qui doute de ses capacités face à la difficulté de ses études, qui perd confiance et qui n'a personne pour la rassurer sur ce qu'elle vaut.
Message bien reçu ;)
PS: Pour ceux qui ont lu "lettre aux parrains", sachez que Vanneang a été parrainé par les anciens parrains de Vanny (sa grande soeur), ils ont accepté le transfert, et ils sont d'ailleurs venus les voir hier, lors de leur passage au Cambodge. La boucle est bouclée !!! :)